Commencer un roman : ma méthode complète, étape par étape

Si vous êtes ici, c’est que comme un Français sur deux, vous rêvez d’écrire un roman. Vous avez envie de tenir un jour entre vos mains ce livre qui vous tient tant à cœur et de feuilleter ses pages. Vous avez envie de le montrer à vos proches et de voir leur réaction quand ils découvriront votre nom sur la couverture.

Alors vous vous êtes renseigné. Vous avez parcouru tous les sites qui parlent d’écriture et peut-être même acheté quelques livres sur le sujet. Mais vous êtes noyé sous les informations. Qui croire ? Comment faire le tri ?

Au bout du compte, vous n’êtes pas plus avancé. Vous en savez plus qu’avant, mais vous vous sentez toujours perdu et tous les conseils vous semblent bien loin quand vous êtes seul face à votre page blanche. Peut-être même que vous avez déjà essayé de vous lancer et que votre manuscrit, à jamais inachevé, traîne dans un dossier obscur de votre ordinateur.

Votre problème ? Vous n’avez pas de méthode. Tout ce que vous avez, c’est une liste d’astuces indépendantes qui n’ont pas été pensées pour fonctionner ensemble. Pire, parfois elles sont même contradictoires, d’où votre sentiment de confusion.

Pour écrire un roman, il faut une méthode, où chaque conseil fonctionne en relation avec les autres et où aucune étape n’est négligée.

L’objectif de cet article est de vous guider pas à pas dans l’écriture de votre premier roman afin que vous puissiez aborder sereinement et avec confiance cette tâche difficile. Il a été pensé pour être le plus complet possible. Il est long, mais il en vaut la peine. J’aurais facilement pu le découper en six articles de longueur traditionnelle et ainsi générer plus de clic, mais j’ai choisi de rassembler toutes les informations au même endroit. Je pense que les débutants en ont marre de devoir compiler les conseils eux-mêmes pour se bâtir une méthode qui tienne à peu près debout. Ici, vous avez toutes les infos que je juge pertinentes pour commencer, rassemblées en un seul article complet.

Une méthode universelle ?

Vous l’entendrez souvent, il y a autant de manières d’écrire que d’écrivains. Mais certains prétendent que puisqu’il n’existe pas de méthode universelle pour écrire un roman, il serait inutile de s’inspirer des méthodes des autres.

C’est totalement faux, à plus forte raison quand on débute. Un novice a besoin de repères et une méthode cohérente et complète, même si elle ne lui convient pas à 100%, pourra toujours lui servir toujours de point de départ. Dire le contraire revient un peu à lancer un « débrouille-toi ».

Ensuite, ce n’est pas parce que chacun écrit à sa manière que les auteurs ne se rejoignent pas. Il y a quand même des principes qui fonctionnent chez la majorité des écrivains, et s’en priver parce qu’il existe des exceptions n’a aucun sens.

D’autres diront qu’en littérature, il n’existe pas de recette miracle, et je serai d’accord avec eux. Mon but n’est pas de prétendre qu’en suivant cet article, vous allez écrire le prochain best-seller, mais de proposer un cadre, un ensemble de principes sur lesquels s’appuyer pour venir à bout de son premier roman.

Enfin, certains martèleront qu’il n’existe pas de règles, ce qui rejoint un peu le « chacun fait comme il veut ». Ça dépend. Il n’y a pas de règles pour écrire un Proust ou un Céline, mais il y a tout de même des « règles » qui permettent d’obtenir un livre plaisant et réussi. Encore une fois, des exceptions à ces règles ne suffisent pas à les invalider. McCarthy écrit ses dialogues sans incises et sans tirets, je ne vais pas pour autant recommander aux débutants de l’imiter au motif que c’est un grand auteur.

Mon expérience me pousse à remettre sérieusement en question certains des dogmes d’écriture qui font la loi sur internet et qui laissent croire aux débutants qu’il s’agit là de la seule manière de faire. Vous trouverez donc ici des choses qui ne sont dites nulle part ailleurs et, je préfère vous prévenir, il y a des mythes qui vont en prendre pour leur grade. Libre à chacun de ne pas être d’accord, mais au moins vous aurez entendu un autre son de cloche et pourrez vous faire un avis éclairé.

Que ma manière de faire vous semble pertinente ou pas, j’insiste sur la nécessité de suivre une méthode, pas des conseils en vrac. Si ma méthode ne vous parle pas, suivez-en une autre, mais ne vous contentez pas d’astuces glanées à gauche à droite.

Ce qu’il faut vraiment pour commencer

À en croire ce qu’on peut trouver sur internet, il faudrait avoir des tiroirs qui débordent de notes et de plans avant d’avoir le droit d’écrire la moindre ligne. Certains conseillent de réaliser un plan détaillé, parfois à la scène près, de compléter des fiches personnage et même des fiches lieu, de dresser une ligne du temps ou de créer un plan d’ensemble avec des post-it sur des panneaux en liège. Et je ne parle pas des cartes, langues construites, races, cultures et religions pour les auteurs de fantasy… Tout ça avant de commencer.

Écrire un roman est déjà une tâche titanesque et on n’en prend la mesure que quand on s’est réellement essayé à l’exercice. Si on fait croire aux novices qu’il faut une préparation plus longue que le roman avant d’attaquer le chapitre un, beaucoup vont se décourager.

Et ce serait peut-être un mal nécessaire, si c’était vrai. Mais ça ne l’est pas. Si une longue préparation peut aider certains, elle est aussi totalement inutile pour d’autres, qui se sentent malgré tout obligés de suivre la vague parce qu’ils voient tout le monde faire comme ça. Ils se forcent, persuadés que c’est la seule manière de faire, et vont à l’encontre de leur instinct.

Pire encore : pour certains, trop de préparation est contre-productif. Ils finissent par se braquer, convaincus qu’ils doivent avoir tout prévu dans les moindres détails avant d’écrire, sinon tout le roman va finir par s’écrouler.

La préparation est une affaire de sensibilité. Certains en ont besoin, d’autres non, à des degrés divers. L’essentiel est de déterminer votre manière de faire et non celle qu’on cherche à vous imposer.

À quel point devez-vous préparer votre roman ?

Je suis quelqu’un qui déteste improviser. Je n’aime pas l’imprévu, parce que j’ai peur de ce qui peut arriver. Quand j’ai débuté l’écriture, j’étais donc du côté de ceux qui veulent tout préparer. Mais j’ai changé, et j’ai d’excellentes raisons.

Je sais ce que c’est. La peur d’écrire deux cents pages avant de se rendre compte que l’intrigue ne tient pas la route. La peur de découvrir un peu trop tard que le rythme est mal maîtrisé ou que les personnages n’ont aucune épaisseur, ou qu’on ne sait pas comment boucler.

C’est pour cette raison qu’on veut préparer un roman : pour éviter les mauvaises surprises. Avoir un plan, c’est rassurant. On sait qu’on n’a plus qu’à le suivre, plus qu’à « mettre en roman » et tout ira bien. Si certains points sont encore incertains, l’intrigue, elle, est au moins validée à l’avance. Mais est-ce que c’est toujours vrai ?

Beaucoup, et j’étais également de ceux-là, ne se rendent pas compte que la véritable raison pour laquelle ils continuent de programmer, planifier et structurer, est qu’ils ont tout simplement peur du moment où ils devront se lancer.

C’est comme à la piscine. Oui, plonger la tête la première est risqué, mais on sait tous que celui qui se mouille la nuque depuis un quart d’heure n’entrera pas dans l’eau.

Mon but n’est pas de vous convaincre de tout arrêter et de vous jeter à l’eau sans réfléchir. Je ne dis pas que la préparation est inutile. Je dis que beaucoup de débutants ont si peur qu’ils veulent trop se préparer, ce qui n’est pas la même chose.

Être trop organisé

Oui, on peut être trop préparé. On peut en faire trop. Passer des heures sur une scène qui ne verra finalement jamais le jour. Passer des semaines à imaginer un univers avant de se rendre compte que l’histoire devrait avoir lieu ailleurs. Noircir des pages de notes sur le passé d’un personnage secondaire qui ne sera finalement pas inclus dans le roman.

Comme on le verra plus loin, on ne peut pas tout prévoir. Il arrive un moment, après plusieurs semaines ou mois d’écriture, où on se retrouve à devoir décider entre suivre son plan et laisser le récit se dérouler naturellement.

La surprise n’est pas nécessairement quelque chose de négatif. Un personnage qui prend vie et fait quelque chose d’imprévu, une sous-intrigue qui prend de l’ampleur, un personnage secondaire qui passe au premier plan, ce sont autant d’imprévus qui ne doivent pas être des mauvaises nouvelles. Au contraire, ils font partie du plaisir d’écrire. Ils constituent justement ce qui différencie un roman d’un manuel d’utilisation.

Quel est le niveau de préparation minimum ?

Brisons un mythe : il n’y en pas. Certains sont capables d’écrire une excellente histoire en partant de rien. Pas de plan. Aucune idée des personnages. Le lieu est improvisé. Chaque scène est une trouvaille spontanée. Et ça marche.

Bien sûr, ça ne veut pas dire que c’est le cas pour tout le monde. Mais ces auteurs sont la preuve qu’il n’existe pas de seuil minimum. Le niveau de préparation qu’on vous recommande est très probablement supérieur à ce dont vous avez réellement besoin.

Pour moi, se lancer à l’aveuglette est dangereux. Mais perdre du temps dans une planification démesurée l’est tout autant. Je crois qu’il existe trois ingrédients qui permettent de limiter les risques tout en permettant une souplesse appréciable. Ces fondamentaux sont – comble de l’ironie – très rarement mis en avant par les ayatollahs du plan détaillé.

Revenir aux fondamentaux

  • Une prémisse
  • Des personnages
  • Une fin

Ce sont les trois éléments de base pour se lancer (selon moi). Mon intention n’est pas de vous dire de vous limiter à ces trois-là, ni de les faire passer pour indispensables. Pour moi, ils réduisent simplement les risques de se planter, c’est tout.

Si vous voulez planifier, vous pouvez, mais vous n’êtes pas obligé. Je suis la preuve vivante qu’on peut écrire sans planifier chaque scène, et j’ai un carnet d’adresses rempli d’écrivains qui fonctionnent de la même manière. Ne laissez pas la peur d’échouer devenir une excuse pour surpréparer votre roman.

Et les recherches, alors ?

Certains ancrent leur histoire dans une période historique particulière, par exemple le Moyen-Âge. D’autres doivent se renseigner sur les procédures légales, notamment ceux qui écrivent du policier ou du thriller. D’autres encore vont développer leur propre monde imaginaire. Tout cela nécessite des recherches. Mais les recherches sont la meilleure excuse pour ne jamais commencer. Il y a toujours un détail à ajouter, toujours une nouvelle idée à inclure, une vérification supplémentaire à effectuer.

Vous devriez vous limiter au minimum qu’il vous faut pour commencer, tout simplement parce que les recherches ne s’arrêtent pas au moment de poser la première ligne. Elles continuent tout au long du processus d’écriture et c’est pour cette raison que vous ne devez pas vous mettre en tête de commencer à écrire une fois les recherches terminées. Elles ne seront jamais terminées.

Toutefois, ça ne veut pas dire qu’elles doivent être bâclées. Surtout si vous écrivez sur des sujets sensibles, faites votre travail correctement et maîtrisez votre thématique. Le retour de flamme serait dévastateur.

La prémisse : travailler l’idée de départ

La prémisse est l’idée principale de votre roman, et le premier ingrédient de la préparation. C’est l’histoire résumée en quelques lignes, voire en une seule. Si vous deviez raconter rapidement votre roman à un inconnu, c’est ce que vous lui diriez.

L’importance de la prémisse

Pourquoi faut-il absolument une bonne prémisse ?

Tout simplement parce qu’elle est la raison pour laquelle le lecteur appréciera ou non votre livre. Elle est son essence.

Les débutants ont tendance à la négliger, parce qu’ils se persuadent qu’un autre aspect de l’écriture les sauvera. La prémisse est un peu banale, mais les personnages, eux, sont fantastiques. La prémisse n’est pas très originale, mais l’intrigue complexe est vraiment prenante. La prémisse n’est pas engageante, mais le suspense est bien maîtrisé.

Le lecteur s’en fout.

Désolé d’être aussi direct, mais c’est la vérité. Si vous ne parvenez pas à donner envie de lire votre livre avec votre prémisse, alors vous partez sur de très mauvaises bases.

Mais certains best-sellers ont des prémisses plutôt banales, me répondrez-vous. C’est vrai. Mais est-ce un bon prétexte ? Personne ne vous connaît, qui va vouloir lire votre livre si le résumé n’est pas intéressant ? Qui va prendre le risque de lire 300 pages d’un auteur inconnu au cas où l’intrigue se révèlerait plus engageante que la prémisse ? Personne.

Un phare pour vous guider

Il va arriver un moment où vous serez perdu. Ça nous arrive à tous. Vous perdrez foi en votre histoire, vous aurez l’impression qu’elle n’intéressera personne. Vous serez tellement habitué à ses personnages, vous connaîtrez tellement bien son intrigue, que l’effet de nouveauté aura totalement disparu. Votre histoire ne vous enchantera plus et vous aurez alors l’impression que vos lecteurs ressentiront la même chose. À ce moment-là, croyez-moi, vous serez très heureux d’avoir une prémisse un béton pour vous redonner confiance.

Si au contraire vous l’avez négligée, vous verrez alors votre monde s’effriter autour de vous et tous vos efforts vont sembleront chaque jour un peu plus désespérés et inutiles.

Rappelez-vous une réalité douloureuse : on peut toujours corriger un mauvais chapitre ou rectifier une intrigue, mais on ne sauve pas une mauvaise prémisse. À moins de tout recommencer depuis le début.

Et si je n’ai pas d’idée ?

Si vous ne trouvez pas l’inspiration, il y a deux méthodes qui ont fait leurs preuves.

La première consiste à partir d’un fait divers, comme l’ont fait quantité de romanciers avant vous.

La seconde est de partir d’une histoire que vous avez appréciée et de la réduire à son squelette, pour ensuite vous la réapproprier. Pensez par exemple au Roi Lion, inspiré de Hamlet de Shakespeare.

Explorer les idées des autres à moindre frais

Une astuce que j’ai découverte il y a quelques années quand j’étais en panne d’inspiration consiste à éplucher les résumés de livres, de séries ou de films sur Wikipédia. C’est une mine d’or.

Pensez-y : alors qu’il faudrait une cinquantaine d’heures de travail pour venir à bout de seulement quatre livres de 600 pages, il vous ne vous faudra que quelques minutes pour en lire le résumé. À ce stade, seule l’idée de départ vous intéresse, vous n’avez pas besoin de lire le roman en entier pour savoir si elle vous inspire.

Voici quelques exemples d’excellentes prémisses à aller consulter :

The Revenant

No country for old men

Inception

Misery

Les personnages

C’était LA grande interrogation quand j’ai commencé. Faut-il que mes personnages soient déjà prêts, au faut-il les inventer au cours de l’histoire ?

Par expérience, je peux vous dire qu’il est extrêmement difficile d’improviser des personnages crédibles et intéressants, et ceux qui prétendent le contraire écrivent souvent les personnages les plus plats.

Si au moment d’écrire la première ligne, vous n’avez qu’une vague idée d’un ou deux personnages, vous allez vous planter.

Les personnages font partie intégrante de l’histoire, leur évolution définit l’intrigue, leurs motivations déterminent les conflits et les obstacles. Ils ne sont pas des entités indépendantes qu’on vient simplement ajouter à une histoire déjà toute prête.

Voilà pourquoi je crois que vous devriez avoir réfléchi à vos personnages, au moins au protagoniste et à quelques personnages secondaires, avant de vous lancer.

Mais comment développer des personnages crédibles alors que l’histoire n’a même pas commencé ? Comment dégager leur personnalité ?

La fiche personnage

Si vous avez déjà fait des recherches pour écrire un roman, vous avez probablement entendu parler des fiches personnage. C’est un conseil très répandu qui consiste à dresser une sorte de carte d’identité détaillée. Plus elle est détaillée, et mieux on connaît le personnage. En tout cas, c’est l’idée.

Ces fiches sont, dans l’immense majorité, complètement inutiles. Je sais, on le répète pourtant partout, tout le monde semble faire comme ça, mais je suis sûr de ce que j’affirme, et ce pour une raison toute simple : une accumulation de détails non pertinents ne forge pas un caractère.

Prenez votre protagoniste. Déterminez son âge, sa taille, son poids, son sexe, le nom de ses parents, l’école dans laquelle il a grandi, son adresse, sa religion, sa couleur préférée et son plat favori. Tenez, précisez même sa plus grande peur et son plus grand rêve si vous voulez. C’est fait ? Parfait. Maintenant répondez à ces questions :

  • Que ferait votre personnage si un ami avec qui il s’est violemment disputé venait lui proposer d’enterrer la hache de guerre ?
  • Que ferait votre personnage s’il apprenait qu’une personne très proche avait volé une importante somme d’argent ?
  • Comment réagirait votre personnage s’il apprenait que son plus grand rêve était devenu tout d’un coup inaccessible ?
  • Que ferait votre personnage si on lui proposait de participer à une activité illégale pour sauver des innocents ?

Vous ne savez pas ? Vous n’êtes pas sûr ? C’est bien là tout le problème.

L’immense majorité des détails repris sur ces fiches génériques sont complètement inutiles pour apprendre à connaître quelqu’un. Ce ne sont que des données brutes, vides de sens. Elles ne vous aident en rien à déterminer le caractère de votre personnage.

Si vous avez pu répondre à mes questions, c’est sans doute grâce à une intuition, une impression, et pas grâce aux détails que vous aviez complétés.

Le genre de questions reprises ci-dessus se pose tout le temps dans l’écriture d’un roman. Vous allez devoir déterminer la réaction de vos personnages à une situation donnée un nombre incalculable de fois, et chaque réaction aidera un peu plus le lecteur à cerner vos personnages. Si vous ne les connaissez pas vous-mêmes, leurs réactions sembleront incohérentes et vous perdrez votre lecteur. Chaque erreur vous fera perdre en crédbilité. C’est même un des défauts majeurs chez les débutants et une des critiques les plus récurrentes chez les lecteurs.

Mais si je déconseille les fiches personnage, qu’est-ce que je préconise, alors ?

L’interview

L’un des meilleurs moyens pour connaître un personnage est de faire comme si vous aviez affaire à une vraie personne. Vous lui posez des questions.

Imaginez-vous dans une pièce avec votre personnage. Vous avez le droit de lui demander n’importe quoi. Vous écrivez chaque question comme un journaliste qui consigne son interview, et vous laissez le personnage s’exprimer librement. S’il est du genre à raconter sa vie, laissez-le faire. S’il n’aime pas les questions, laissez ce caractère s’exprimer dans ses réponses. Et s’il est muet, alors forcez-le à parler. Faites-lui cracher le morceau.

Écrivez au moins une page et, si l’inspiration vous gagne, laissez-vous emporter. Il m’arrive d’écrire vingt à trente pages pour un seul personnage. Autant vous dire qu’ils n’ont plus de secrets pour moi.

Vous allez découvrir que vos personnages deviennent tout à coup beaucoup plus clairs dans votre esprit, et si on vous pose une question à laquelle vous n’aviez pas pensé, vous pourrez sans doute anticiper sa réaction sans même réfléchir. C’est là tout le principe de ce procédé : connaître si bien le personnage que vous pouvez répondre à sa place sans hésiter. Ils deviendront comme votre meilleur ami : vous les connaîtrez si bien que vous pourrez deviner la moindre de leurs réactions.

Il y a toutefois deux pièges à éviter.

Des personnages vivants

Assurez-vous de ne pas verser dans le cliché et le convenu. Si vous écrivez une jeune fille blonde et innocente, amoureuse d’un brun ténébreux, le lecteur va lever les yeux au ciel. Et si vous écrivez une jeune fille blonde qui ne cesse de se disputer avec un brun ténébreux, croyant ainsi prendre le cliché à contrepied, sachez que c’est un cliché aussi, et tout le monde sait qu’ils vont quand même finir par tomber amoureux. Soyez inventifs. Surprenez-nous.

Un personnage est vivant et crédible quand il nous fait penser à une vraie personne. Pour la littérature imaginaire, c’est un peu plus délicat. On ne croise jamais d’elfes ou de mages dans la vie. Mais ça n’empêche pas que leur personnalité nous rappelle quelqu’un. Elle doit être crédible.

Si vous êtes perdu, la meilleure solution reste de donner un objectif clair à votre personnage et de lui donner envie de l’obtenir. Soyez fidèle à sa personnalité, et vous éviterez de nombreux pièges.

Des personnages complexes

La plupart des écrivains conseillent d’écrire des personnages complexes, mais peu expliquent réellement comment y arriver.

On nous parle de personnages multi-dimensionnels, on nous dit d’éviter les personnages creux ou archétypaux. Oui, mais comment ?

Un personnage complexe, c’est un personnage qu’on a du mal à résumer en une ligne. Si on peut dire de votre personnage : « celui-là, c’est le gentil. Il est courageux et il aide tout le monde. » Ou encore : « celle-là, c’est la je-sais-tout. Elle sait plein de choses et c’est à elle qu’on fait appel quand on est perdu. », alors c’est raté.

Pensez à une vraie personne, qui serait timide. Cette personne est terrorisée à l’idée de parler en public et n’aime pas rencontrer de nouvelles personnes. Mais imaginez qu’elle soit amoureuse, et que l’élu(e) de son cœur se trouve enfin là, juste devant elle, sans personne pour les déranger. Vous ne pensez pas qu’elle pourrait enfin trouver le courage de lui parler ? Qu’elle pourrait se dire que c’est peut-être la seule opportunité qui se présentera et qu’elle doit la saisir, maintenant ou jamais ?

C’est ça, un personnage complexe. Un personnage qu’on ne peut pas résumer à un seul trait de caractère, qu’il garderait en toute circonstances. Il y a des cas où il se comportera différemment, et c’est ça qui le rend difficile à cerner. Un timide n’est pas toujours timide. Un personnage fort a ses faiblesses. Un personnage confiant a ses moments de doute.

La fin

La fin correspond simplement à la manière dont vous voulez que votre histoire se termine.

Certains préfèrent une fin heureuse, d’autres une fin tragique. Il n’y a pas de bonne réponse. Sachez toutefois que les fins heureuses ont plus la cote, même dans les histoires sombres. Les fins tragiques sont généralement considérées comme plus adultes et plus réalistes, mais tout dépend de l’histoire, naturellement.

Avoir la fin en tête vous aidera à garder le cap. Si vous avez bien fait votre travail, elle devrait découler logiquement de votre prémisse.

Elle n’a pas besoin d’être définitive. Si, en cours de route, vous avez une meilleure idée, rien ne vous empêche d’en changer. Mais attention à ne pas perturber toute votre histoire. Le but n’est pas de tout réécrire depuis le début.

La raison pour laquelle vous devez avoir une fin en tête avant de commencer à écrire est simplement que vous risquez de vous perdre en cours de route si vous n’en avez pas. Beaucoup d’auteurs se lancent dans l’écriture avec « une idée », mais ils ne savent pas encore où elle va les mener. Si cette approche semble plus naturelle, elle a tout de même tendance à produire des récits décousus et remplis de digressions, qui manquent cruellement de structure. Avoir la fin en tête vous évitera ce genre de problèmes.

Avant de se mettre en route

Voilà quelque chose que vous ne trouverez pas dans les listes du type « 10 conseils pour bien commencer un roman ». Les notions techniques.

Alors oui, c’est un peu chiant. On ne se lance pas dans l’écriture pour étudier des notions techniques. Mais je vous garantis que si vous les négligez, et c’est du vécu, vous allez vous en mordre les doigts. Peu importe si vous pensez tout savoir des notions de genre, de narrateur, de personne et de temps, vous pouvez toujours apprendre.

Il ne suffit pas de savoir pourquoi vous avez choisi un narrateur omniscient. Il faut aussi savoir pourquoi vous n’avez pas choisi un autre type de narrateur.

J’insiste sur l’importance de ces choix, qui se font avant le début du roman. La semaine dernière, j’ai reçu une soumission de bêta-lecture qui me demandait si le choix de la personne n’était pas à revoir. C’était le cas, sans l’ombre d’un doute. 450 pages à réécrire. À cause d’une mauvaise décision.

Le genre

Certains conseillent de ne pas se préoccuper du genre, je ne suis pas de cet avis. La plupart des lecteurs ont des genres de prédilection. Ils savent ce qu’ils y trouveront et ils préfèrent rester en terrain connu pour éviter les déceptions.

Si vous écrivez sans vous soucier du genre, vous risquez bien d’aboutir à une histoire qui n’intéresse personne. Quand on vous demandera « Et c’est quel genre de roman ? », vous répondrez « Oh, il y a un peu de tout. Il est inclassable. » Et le lecteur passera son chemin.

Un amateur de SF veut lire de la SF. Si votre histoire n’est pas claire, il ne va jamais se dire « Allez, je tente, peut-être qu’il y a des bouts de SF dedans ».

Négliger le genre, c’est perdre beaucoup de lecteurs. C’est la triste réalité.

Le genre vous dictera des codes qui, pour beaucoup, sont plutôt des aides à la création que de véritables contraintes. Il vous permettra de vous fixer un cadre.

Le narrateur

Le narrateur peut être un personnage de l’histoire qu’il raconte, ou être une entité extérieure, indépendante. Selon le choix que vous faites, ça change tout, alors il ne faut pas le laisser au hasard ou à l’intuition.

Un narrateur-personnage est plus immersif et plus subjectif. Il permet au lecteur de se plonger dans l’histoire, et à l’auteur de jouer avec le point de vue pour montrer toute la subjectivité d’un personnage. Il est aussi, souvent, le plus naturel. Un personnage raconte son histoire, comme il la raconterait à un ami ou à un journaliste.

Mais attention, il a aussi ses contraintes. Il vous limitera à ce qu’il sait, car l’histoire est racontée selon son point de vue.

Un narrateur extérieur permettra souvent d’être plus objectif, plus neutre, plus détaché. Mais c’est réellement avec la notion de focalisation (voir plus loin) que vous allez déterminer où vous placez le curseur subjectivité/objectivité.

La personne

Encore une fois, un aspect qui ne semble être qu’un détail technique mais qui fait pourtant toute la différence.

Je vais être franc, la première personne est plus immersive, mais elle est souvent injustifiée. Je ne compte plus les manuscrits de débutants qui sont écrits à la première personne et au présent pour imiter Hunger Games et Divergente. Le choix de la personne doit être justifié par le récit, pas par la mode.

Utilisez la première personne si vous avez besoin d’immersion et si le narrateur (qui est dans ce cas obligatoirement un narrateur-personnage) est un bon moyen de raconter l’histoire. Souvenez-vous que vous serez limité par ce personnage pendant tout le roman. Quand vous voudrez raconter un évènement auquel le narrateur n’a pas assisté, vous ne pourrez pas.

Autre détail d’importance : un même récit peut devenir extrêmement maladroit du simple fait d’être raconté à la première personne. Un personnage qui se décrit lui-même en train de se peigner et de se laver, comme s’il fallait énoncer explicitement ses actions à mesure qu’elles surviennent, laisse parfois un sentiment de malaise, alors que la troisième personne aurait mieux convenu.

La focalisation

La notion qui lie la personne et le narrateur est celle de la focalisation. Le narrateur pose la question de celui qui raconte : est-il un personnage de l’histoire ou non ? La personne pose la question de la distance entre le narrateur et l’histoire. La focalisation, elle, se demande ce que sait le narrateur.

Il peut ne rien savoir et décrire les évènements tels que les verrait une caméra : c’est la focalisation externe, utile pour laisser planer un mystère ou éviter de révéler des informations que les personnages présents sont censés savoir.

Il peut décrire les choses selon le point de vue d’un personnage en particulier, les informations sont alors limitées à ce que ce personnage sait, c’est la focalisation interne.

Enfin, il peut tout savoir. Il saute sans effort de l’esprit d’un personnage à un autre, sait tout de l’histoire, de ses antécédents et parfois même de son avenir : c’est le point de vue omniscient. Attention toutefois : il est plus difficile de retenir des informations quand le narrateur est censé les connaître, car le lecteur peut se sentir trompé.

C’est la combinaison de ces trois notions qui caractérisera votre narration, assurez-vous de bien les comprendre. Par exemple, les débutants ont tendance à croire que la troisième personne implique qu’on ne puisse pas avoir une focalisation interne, alors que George R.R. Martin n’utilise que ça.

Le temps

Encore une fois, on rencontre de plus en plus de récits au présent sans que rien ne le justifie. Le combo récit en « je » + récit au présent est devenu un grand classique des auteurs un peu trop pressés qui n’ont pas pris le temps de réfléchir suffisamment à leur roman. Ils écrivent comme leur auteur préféré, sans se rendre compte que leur histoire est différente et requiert souvent d’autres outils.

Le récit au présent est plus immersif, il donne l’impression d’immédiateté et l’auteur se sent avec les personnages, mais il y a un revers. Comme le dit Jean-Noël Blanc, dans Dans l’Atelier de l’Écriture :

« On ne décrit pas une scène au présent comme on l’aurait fait au passé simple. Si l’on ne se méfie pas, un récit au présent se met très vite à ressembler à un collier de petits faits– actions, gestes, paroles, etc. –qui défilent à la queue leuleu, dans une litanie présentant à peu près autant de vivacité qu’une liste des commissions. Martin fait ceci, cela, cela encore : quelle musique entraînante, n’est-ce pas ? Le risque est que votre texte prenne l’allure d’un scénario : des indications courtes, purement factuelles, qui n’auront même pas besoin d’être rédigées avec habileté puisque leur principe même sera de trouver leur réalisation ailleurs que dans l’écriture, dans un film, une pièce de théâtre ou une vidéo. »

L’importance de bien choisir

Je sais que les « 9 erreurs de débutants » et autres « 7 conseils pour mieux écrire les dialogues » sont plus séduisants, mais si vous voulez apprendre à écrire, vous devez mettre les mains dans le cambouis. Ce sont vos outils. Vous ne pourrez pas les éviter éternellement, et si vous cherchez à faire l’impasse sur ces notions essentielles, vous partirez avec un franc désavantage.

L’écriture est un métier et on n’apprend pas un métier en lisant des compilations d’astuces. Si vous voulez imiter les auteurs professionnels, vous devez connaître leurs outils aussi bien qu’eux.

Ce que vous devez faire maintenant :

  • Travaillez votre prémisse. Prenez le temps de la rendre irrésistible.
  • Développez vos personnages. Apprenez à les connaître.
  • Pensez à une fin. Elle n’a pas besoin d’être définitive, mais elle doit être logique et cohérente.

À ce stade, vous devriez donc avoir une prémisse, des personnages et une fin provisoire en tête. Mais comment transformer toutes ces composantes en histoire ?

Comment s’assurer que le lecteur aura envie de tourner les pages ? Comment éviter qu’il ne s’ennuie ? Comment faire en sorte que le rythme soit convaincant et que l’histoire soit satisfaisante ?

Faut-il un plan détaillé ?

Pour être transparent, c’est cette question qui m’a donné l’idée de cet article. Le monde de l’écriture, aujourd’hui, laisse vraiment entendre que le plan détaillé est un passage obligé pour écrire un roman. Les débutants ne questionnent même plus cette idée : ils voient tout le monde le faire et se sentent parfois obligés de les imiter, au risque de commettre une grave erreur. Pourtant, comme on va le voir dans cette section, rédiger un plan détaillé comporte des risques dont personne ne parle (ou presque).

L’idée de planifier son roman en détails vient d’une peur : celle de « se perdre ». Et si vous écriviez 200 pages avant de vous rendre compte qu’un point de l’intrigue ne tient pas la route ? Et si vous aviez l’idée d’un retournement de situation génial un peu trop tard et que vous deviez réécrire dix chapitres pour pouvoir l’intégrer ? Et si le lecteur s’ennuyait ? Et si la structure était bancale ? Et si le rythme était mal maîtrisé ?

J’ai été à votre place. Je sais que se lancer à l’aveuglette est terrorisant. Un plan permet de se rassurer et, plus il est détaillé, moins on laisse de place aux imprévus. Mais c’est oublier un point essentiel : un roman n’est pas une dissertation. Il traite de personnages, pas de démonstrations. Il met en jeu des aspects de la vie qui n’ont parfois rien de raisonnable ou de logique, il joue avec les émotions, les réactions et les tempéraments.

L’imprévu est ce qui fait que nous sommes des humains et pas des robots. Nous ne répondons pas à des programmes mais à nos instincts parfois déraisonnables. Un roman n’est pas une équation à résoudre, c’est un échantillon de vie.

Comme le dit Jean-Noël Blanc (encore lui) : « (…) si l’écriture est trop soumise aux exigences de ce satané plan et, pour ainsi dire, le laisse entrevoir par transparence, qu’offre-t-on au malheureux lecteur ? D’abord on lui refuse la musique des phrases puisque la prose est forcément plus appliquée que joueuse. Ensuite, on le prive de toute rencontre inopinée puisque l’auteur les a d’avance refusées. Enfin il verra vite où le récit veut en venir, et alors pourquoi aurait-il la patience d’accompagner l’auteur jusqu’à un dénouement si aisément deviné ? »

Encore une fois, mon but n’est pas de vous dire ce que vous devez faire. Si vous ne voyez pas l’écriture sans un plan de trente pages, loin de moi l’idée de vous donner tort. J’aimerais seulement interpeller ceux qui prennent le fameux plan détaillé pour un impératif indiscutable de l’écriture et qui seraient curieux de savoir quels peuvent bien être les risques de « trop détailler ».  

La fois où j’ai perdu des mois de travail à cause d’un plan trop détaillé

Pour mon premier roman, j’ai lu Anatomie du scénario de John Truby. L’auteur y détaille une structure en 22 étapes commune à toutes les bonnes histoires. Ces étapes me paraissaient suffisamment souples pour ne pas limiter ma créativité, et suffisamment précises pour me guider tout au long de l’histoire et m’assurer de la conclure de manière satisfaisante.

Alors j’ai repris chaque étape dans mon fichier Scrivener et j’ai construit une intrigue détaillée à partir d’une idée de roman déjà bien développée dans ma tête. Certaines étapes m’ont aidé à me sortir d’une impasse, d’autres m’ont semblé plus contraignantes, mais au bout de deux semaines, j’avais une intrigue en béton armé. J’avais détaillé chaque chapitre, chaque scène. Tout était prêt. J’avançais confiant. Je n’avais plus qu’à transformer tout ça en roman.

Au début, tout s’est bien passé. Mais au bout d’une centaine de pages, je suis tombé dans une impasse. Le plan du chapitre disait que mon protagoniste devait s’enfuir, et des péripéties qui constituaient près d’un tiers de l’histoire auraient alors lieu, loin du lieu du début du roman.

Mais mon protagoniste, lui, avait évolué. Pendant ces cent pages, j’avais eu des idées que je n’avais pas anticipées. J’avais appris à mieux connaître mon personnage et ses relations avec les autres. Et quand est venu le moment d’écrire sa fuite, la réalité m’a frappé en plein visage : il était parfaitement incohérent que mon personnage s’enfuie à ce moment de l’histoire. C’était contraire à sa personnalité.

J’avais donc le choix entre trahir mon personnage ou trahir mon précieux plan. J’ai alors compris que toutes ces heures passées à détailler chaque scène n’avaient servi à rien, parce que mon plan ne pouvait pas avoir anticipé toutes ces petites variations de l’histoire.

Mon plan était trop détaillé.

Il ne laissait pas de place à mes personnages et, aujourd’hui encore, je crois que c’est la plus grosse erreur que j’ai commise depuis que j’ai commencé à écrire.

Des semaines à faire fausse route. Des dizaines d’heures de travail inutile. Tout ça parce que j’avais trop peur de laisser la place à la moindre improvisation.

Certains ont connu les mêmes déboires et sont tombés dans le piège de respecter leur plan à tout prix. Résultat : des personnages incohérents, irréalistes et sans profondeur qui vont là où l’intrigue leur dit d’aller. Ces histoires sont condamnées d’avance.

Vous aussi, vous vivrez ce genre de moments. Mais vous ne devez pas voir ces surprises comme quelque chose de négatif. Elles sont même un des plaisirs de l’écriture. Peu importe à quel point vous aurez planifié votre histoire, elle prendra parfois des directions inattendues et certaines de vos plus belles créations vous viendront sur un coup de tête.

Je cite souvent Jean-Noël Blanc mais il le dit tellement mieux que moi : « Pourquoi ce rejet du plan détaillé ? D’abord pour une question d’ennui. Si dès la première ligne vous savez déjà tout ce qui va se passer page après page jusqu’à la dernière, sans possibilité d’invention et sans surprise, votre travail va ressembler à une punition. Qui accepterait une pareille galère ? »

La bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas besoin de se lancer à l’aveuglette. Entre l’écrivain improvisé qui se lance sans réfléchir et l’écrivain trop préparé qui veut planifier la moindre virgule, il y a un juste milieu. Et ce juste milieu s’appelle la trame.

Élaborer une trame

Que les choses soient bien claires : je ne suis pas en train de vous dire que vous ne devez rien planifier, qu’il est interdit d’écrire une intrigue détaillée ou de prévoir des chapitres longtemps à l’avance. Mais vous avez vu qu’un excès de détails comporte des risques. À vous de choisir si vous êtes prêt à les prendre.

Une trame, c’est un plan très général et peu détaillé de l’histoire. Elle reprend les grands évènements et les grandes décisions, sans préciser ce qui se passe entre les deux. C’est là que vos personnages pourront se développer en toute liberté.

La trame, c’est le squelette. Entre chaque point, vous faites ce que vous voulez, votre talent se déploie. Et chaque point est là pour vous rappeler régulièrement où vous devez arriver.

L’idée, c’est donc de bâtir une structure suffisamment solide pour vous guider, et suffisamment souple pour que vos personnages se développent de manière naturelle.

L’hécatombe des récits mécaniques

Dans le milieu du conseil d’écriture, il y a une grande mode ces dernières années : celle des structures toutes faites.

Certains proposent par exemple une structure en 3 actes, découpés en 3 blocs de 3 chapitres, eux-mêmes découpés en 3 scènes. Et chaque scène est prévue. Par exemple, la scène 19 est le « calme avant la tempête », la scène 7 la « pression de l’allié » et la scène 10 la « découverte d’un nouveau monde ». En plus d’ôter tout le plaisir de l’écriture, ces structures sont extrêmement génériques et prévisibles.

Pour les débutants, elles sont rassurantes. C’est une sorte de formulaire tout préparé, il ne reste plus qu’à compléter les blancs avec les détails de sa propre histoire. La structure, elle, est déjà validée. C’est une source d’inquiétude en moins.

Mais réfléchissez une seconde. Vous croyez sérieusement que toutes les histoires suivent le même schéma ? Que vous allez écrire une grande histoire parce que vous connaissez les étapes du Voyage du héros ou les 22 étapes de John Truby?

Les contre-exemples abondent dans la littérature. Alors c’est vrai, c’est plus rassurant d’écrire quand toute l’intrigue est déjà couchée sur papier, mais vous payez le prix fort. Une histoire fade, prévisible et scolaire.

Et la raison, c’est que vous avez peur d’écrire. Vous vous privez de ce plaisir que seuls les écrivains peuvent connaître : celui de découvrir. Être surpris par ses propres personnages, redoubler d’inventivité pour corriger un problème et s’ouvrir tout à coup une nouvelle porte, explorer une sous-intrigue qui se révèle plus intéressante que prévu, observer un personnage secondaire prendre soudainement plus de place que vous ne l’aviez imaginé.

La trame : un compromis entre structure et liberté

Une trame vous permet de ne pas vous perdre en chemin. Elle vous mène à coup sûr vers la fin que vous aviez prévue, de manière crédible, et vous assure de respecter votre histoire. Mais elle ne liste que des points de passage. Le chemin que vous empruntez entre ces points de passage n’appartient qu’à vous, vous êtes libres de zigzaguer si vous le voulez. C’est de là que naîtra votre originalité. C’est de là que naîtra le réalisme. Et surtout, c’est cette liberté qui vous permettra d’écrire un récit cohérent, une histoire à part entière.

À ce stade, vous avez peut-être encore peur. Vous écarter soudain des schémas prédéfinis qui vous rassuraient peut sembler intimidant. C’est parfaitement normal. Je vais détailler des rappels de structure fondamentale qui me semblent importants pour construire une histoire intéressante qui va captiver vos lecteurs.

Partir de la fin

Si vous avez toujours en tête les trois éléments indispensables pour faire une histoire, vous savez que la fin en fait partie. Ne pas savoir où on va est plutôt dangereux. En fait, la fin devrait vous guider tout au long du récit. Elle vous permet d’avoir un point d’arrivée connu, et ainsi d’orienter doucement les évènements pour y arriver, afin que rien ne semble gratuit ou forcé.

Je vous conseille donc de partir de la fin pour bâtir votre trame, et de travailler à rebours pour déterminer quels évènements crédibles ont pu amener vos personnages jusque-là.

Objectifs et obstacles

Votre protagoniste doit absolument vouloir quelque chose, même si c’est quelque chose de simple. Cet objectif va orienter ses actions et le pousser à prendre des décisions qui vont le mettre dans des situations de conflit. Il va accepter de se mettre en danger et de traverser des épreuves difficiles parce qu’il pensera à son objectif.

Si vous vous débrouillez correctement, le lecteur devrait s’identifier à votre personnage principal. Son objectif deviendra aussi celui du lecteur. C’est pour ça qu’il tournera les pages. Il aura envie de savoir si votre protagoniste obtient ce qu’il désire au chapitre suivant.

Mais attention, il ne faut pas lui donner ce qu’il veut trop facilement. Des obstacles doivent se dresser sur sa route. Parfois, il échouera. Parfois, il sera ralenti. Parfois, il changera d’objectif ou au contraire, sa motivation redoublera. Le tout est que son parcours soit semé d’embûches. Ce sont ces obstacles qui pousseront le lecteur à continuer sa lecture. Comme le protagoniste, il sera frustré de voir qu’on lui refuse sa récompense et voudra aller plus loin pour obtenir satisfaction.

Alors malmenez votre personnage. Faites-le échouer. Faites-le douter. Faites-lui subir des injustices, essuyer des revers et perdre des alliés. Le lecteur n’en sera que plus captivé.

Relancer l’intérêt du lecteur

N’oubliez pas que vous êtes profondément investi dans votre récit.

Ce n’est pas le cas du lecteur.

Pour vous, une description est forcément intéressante car elle détaille cet univers génial que vous avez dans la tête. Pour votre lecteur, c’est juste une description. Si vous ne relancez pas son intérêt de temps en temps, il risque de s’ennuyer. Ne confondez jamais votre intérêt avec celui du lecteur.

Mais comment le relancer ?

Il existe des tonnes de moyens. Le plus simple étant le cliffhanger, qui consiste à laisser un indice en fin de chapitre, une phrase qui laisse planer un mystère et qui pousse à lire le chapitre suivant pour avoir sa résolution. Attention toutefois, cette méthode est vite lassante. Ne l’utilisez pas à chaque chapitre, comme ont tendance à le faire beaucoup de novices.

Une autre méthode consiste à insérer une révélation surprenante ou un évènement inattendu quand le rythme baisse. Vous pouvez aussi forcer vos personnages à réagir en provoquant un évènement dramatique. Le tout est d’apporter quelque chose de nouveau, qui change la donne.

Protagoniste et antagoniste

Le protagoniste a un objectif, l’antagoniste a le même et s’oppose au protagoniste. Bilbon et Gollum veulent tous les deux l’anneau, mais un seul des deux pourra l’avoir. Lequel et comment ? Lisez le livre pour le savoir…

L’antagoniste est une source inépuisable d’obstacles, ne l’oubliez pas. Il vous servira à relancer l’intérêt du lecteur. Si votre histoire patauge, demandez-vous ce qu’il pourrait bien faire pour donner un coup de fouet à l’histoire.

Fin « happy ending » ou douce-amère ?

La fin a le potentiel de ruiner complètement votre histoire. Pensez à Écorces de sang, de Tana French. C’est un livre qui avait le potentiel de devenir un des plus grands thrillers de ces dernières années, si seulement French n’avait pas décider de laisser le mystère principal sans résolution…

Vaut-il mieux un happy ending, une fin tragique ou une fin en demi-teinte ?

Les happy ending sont généralement les plus appréciées, mais elles ont la réputation d’être un peu naïve et irréalistes. Une sorte de « et ils vécurent tous heureux jusqu’à la fin des temps » dont on sait tous que ça n’arrive jamais.

Les fins tragiques sont parfois utilisées par les débutants pour se donner une crédibilité. L’histoire est plutôt normale, et à la fin tout le monde meurt. Attention à préparer le terrain pour une telle fin. Si vous écrivez une tragédie, rien ne doit être gratuit, tout doit mener à l’inévitable.

J’ai une petite préférence pour les fins en demi-teintes, plus fidèles à la réalité selon moi. Quand on parvient à atteindre son objectif, on a souvent dû sacrifier quelque chose pour y arriver. Tout n’est pas rose. On n’a rien sans rien.

Faut-il un prologue ?

La plupart du temps, c’est une mauvaise idée.

  • Le prologue est par définition en dehors de l’histoire. S’il en faisait partie, alors ce serait le chapitre 1. Si le lecteur l’a aimé, il sera frustré de changer de décor et de personnages au chapitre suivant. Si le lecteur ne l’a pas aimé, alors à quoi sert-il ?
  • Le prologue est souvent injustifié et ne vient que d’un effet de mode.
  • Si le prologue est génial et que l’histoire l’est moins, le lecteur sera déçu.
  • Le prologue est souvent utilisé pour expliquer les enjeux de l’histoire. C’est une facilité d’écriture.

Ordinateur ou papier ?

Je déconseille un plan détaillé, ce n’est pas pour autant que je conseille de ne rien noter. Récapitulons. On a besoin :

  • D’une prémisse en béton.
  • De personnages développés, dont vous déterminez la personnalité grâce à des interviews
  • D’une fin satisfaisante, basée sur votre prémisse.
  • D’une trame crédible et pas trop détaillée, fondée sur l’évolution de votre personnage et amenant à la fin satisfaisante.

Vous allez rapidement crouler sous les informations. Personnages, interviews, ébauches de scènes, trame, …

Alors comment s’organiser ? Comment ne pas s’y perdre ?

Il y a deux écoles. Je ne vais pas chercher à vous convaincre d’en rejoindre une plutôt que l’autre, mais je pense qu’un petit récapitulatif des avantages et des inconvénients respectifs des deux approches vous permettra d’avoir un avis éclairé.

Les inconditionnels du papier

Ceux-là refusent d’utiliser un ordinateur ou d’approcher un écran. L’écriture, pour eux, c’est à la main. Ils aiment le contact du papier, la sensation du stylo qui glisse sur la page. Et surtout, ils aiment savoir qu’un document important existe, qu’il est palpable, qu’on peut le tenir dans ses mains. Les fichiers d’un ordinateur peuvent s’effacer d’un seul clic, mais les feuilles de papier, elles, sont plus difficiles à perdre accidentellement et irrémédiablement.

Si vous êtes de ceux-là, soyez tout de même très organisé. Rien ne sert de rester fidèle au papier si c’est pour accumuler les feuilles volantes et les doublons. Conservez toute votre préparation dans une même farde, et classez les feuilles par fonction ou par chapitre.

N’oubliez pas non plus que pour envoyer son manuscrit à un éditeur, il faut tout réécrire à l’ordinateur…

Les mordus du numérique

Les fans de l’ordinateur sont, il faut bien l’avouer, majoritaires dans le domaine de l’écriture. Et on les comprend. Si un fichier s’efface facilement par mégarde, il peut aussi être stocké sur le cloud et dupliqué en un instant. Vous avez une idée dans le bus et votre carnet est resté chez vous ? Pas de problème : vous avez un dossier sur votre téléphone pour prendre des notes au vol. De retour à la maison, vous pouvez consulter le fichier directement sur votre ordinateur sans avoir à envoyer quoi que ce soit, et les modifications se répercutent sur tous vos appareils. Connaître vos statistiques d’écriture, le nombre de mots de vos documents et pouvoir faire une recherche par mot-clé sont autant d’avantages auxquels n’a pas accès la team papier-stylo.

Au fond, c’est une question d’habitude. On a tendance à se plier à la méthode avec laquelle on est le plus à l’aise. Assurez-vous juste que vous adoptez une approche plutôt qu’une autre de manière consciente.

Si vous ne jurez que par le papier, par exemple, acceptez-vous de vivre ce moment où vous vous souvenez avoir mentionné quelque chose dans un chapitre mais où vous êtes incapable de le retrouver ? En sachant que sur un ordinateur, il vous faudrait quelques secondes pour effectuer une recherche…

Ce que vous devez faire maintenant

Jetez les grandes lignes de votre intrigue pour donner du corps à votre histoire, si ce n’est pas déjà fait.

Si vous avez un plan détaillé ou si vous comptiez en dresser un, il est encore temps de revoir votre méthode à la lumière de ce que vous avez appris. Mesurez les risques et prenez une décision éclairée.

Conclusion

Vous l’avez compris, je ne suis pas là pour vous faire adopter une méthode. Il y a en effet autant de manières d’écrire que d’écrivains. Mais certaines pratiques sont admises alors qu’elles comportent des désavantages risqués, et si j’ai pu vous apporter une perspective nouvelle, alors je considère mon objectif comme atteint. Et si vous êtes arrivés ici l’esprit grand ouvert, en quête de conseils, j’espère que vous aurez trouvé une méthode pas à pas cohérente qui vous servira de point de départ.

Il y a énormément d’informations dans cet article, surtout pour un ou une novice. Personne ne vous demande de toutes les digérer en une fois. Vous pouvez revenir ici autant que vous le voudrez et vous trouverez toujours une structure cohérente sur laquelle retomber.

Maintenant, au travail !

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